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Portrait croisé – Valérie du Chéné et Valérie Mazouin

Valérie du Chéné aborde les lieux avec une attention presque instinctive comme si chaque espace lui demandait d’abord d’être écouté avant d’être investi. À Roueïre, ancien domaine viticole devenu Centre d’Arts et du Patrimoine, elle a pris le temps de parcourir le territoire, d’arpenter les chemins, d’entrer dans les églises, de laisser la lumière et la topographie du territoire décanter en elle. Cette immersion préalable est au cœur de son processus : une manière de capter ce qui persiste, de mesurer les vibrations d’un paysage pour mieux en faire émerger la couleur. Plus de deux cents œuvres habitent la vaste charpente du domaine, animant les volumes comme une respiration nouvelle. Peintures, dessins, installations, projections : la variété des formes ne traduit pas une dispersion mais une même volonté d’explorer le rapport entre geste, espace et relation à l’autre. Les mouvements de recouvrir et découvrir traversent toute sa pratique, qu’elle travaille à grande échelle ou dans l’intimité d’un dessin. Le langage circule dans ses œuvres de manière discrète, en filigrane, presque chuchotée. Son travail se nourrit de dialogues au long cours, notamment avec l’historienne Arlette Farge ou l’artiste Régis Pinault, qui ont contribué à nourrir cette réflexion sur l’image, la mémoire et les formes de présence.
À Roueïre, ses couleurs réveillent littéralement le lieu, lui donnent une ampleur nouvelle, comme si l’espace retenait son souffle depuis longtemps. Dans un climat saturé d’inquiétude, Valérie du Chéné propose un autre chemin, une joie active, un imaginaire qui s’ouvre, un art qui rassemble et redonne du souffle.
Valérie Mazouin envisage chaque exposition comme une architecture intime où les œuvres, les espaces et les publics trouvent une manière de se rejoindre. Directrice depuis 2002 de la Chapelle Saint-Jacques à Saint-Gaudens (31), elle défend un commissariat qui met en mouvement les idées et relie les enjeux artistiques aux questions contemporaines. Pour elle, programmer revient à créer des circulations, à offrir des lieux où la pensée peut se déployer librement et collectivement.
À Roueïre, son approche consiste moins à guider qu’à accompagner. Les textes qu’elle a écrits pour l’exposition « Bonjour ! » forment une cartographie en cinq thèmes, un fil discret qui soutient le parcours sans jamais l’enfermer. Sa manière de travailler mêle littérature et art contemporain, cherchant toujours la densité narrative d’un projet, sa capacité à ouvrir plusieurs niveaux de lecture. Elle sait reconnaître la singularité d’un lieu et y inscrire une exposition qui en respecte la matière, l’histoire et la respiration. Le territoire devient sous son regard un partenaire, non un décor. Valérie s’attache à ce que le domaine de Roueïre, en pleine renaissance, trouve sa juste place dans le paysage culturel. Ni monument figé, ni simple écrin, mais un espace vivant, capable d’accueillir des œuvres qui dialoguent avec le patrimoine et la lumière de Sud-Hérault. Son engagement repose sur une conviction ferme : l’art doit être un levier de pensée, de désir et de partage. Dans un contexte où prédominent l’inquiétude et le repli, elle affirme la nécessité d’une joie lucide, d’une ouverture qui se construit ensemble. À Roueïre, son commissariat pose les fondations d’une histoire à venir, sensible, exigeante et profondément humaine.

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